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 Catastrophe de Bhopal

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jacotte
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MessageSujet: Catastrophe de Bhopal   Catastrophe de Bhopal EmptyJeu 13 Sep - 23:13:51

La catastrophe de Bhopal, survenue le 3 décembre 1984, est la plus importante catastrophe industrielle à ce jour.
L'explosion d'une usine de pesticides a dégagé 40 tonnes d'isocyanate de méthyle dans l'atmosphère de la ville, tuant entre 16 000 et 30 000 personnes, dont huit mille la première nuit.

Prémices

Les installations en cause dans la catastrophe de Bhopal appartenaient à la Union Carbide India Limited (UCIL), filiale indienne de la Union Carbide Corporation (UCC), l'un des premiers groupes chimiques états-uniens.
Leur construction avait déjà posé des problèmes de sécurité, signalés en 1982, et supposés réglés depuis
En réduisant les frais de fonctionnement pourr augmenter une rentabilité jugée insuffisante, le groupe aurait sacrifié la sécurité.
Dans les années soixante, l'Inde dont la population augmente rapidement vise l'autosuffisance alimentaire via une « révolution verte ».
Les végétaux sélectionnés demandent plus d'engrais et plus de pesticides.
Le projet d'UCC de construire une usine de pesticides est donc bien accueilli, sa production devant selon ses promoteurs permettre de sauver près de dix pour cent de la récolte annuelle.

Une première usine est construite en 1969 dans l'État de Madhya Pradesh, au centre du pays.
En 1977, le gouvernement indien exige la construction d'une seconde usine, sous peine de ne pas renouveler la licence d'exploitation de UCCI.
Cette seconde usine est construite en 1978 à Bhopal, capitale de l'État comptant alors moins de 300 000 habitants, à 600 kilomètres au sud de New Delhi.
L'usine conçue pour produire 5 000 tonnes/an de pesticides, se trouve à 5 kilomètres à l'extérieur de la ville, et à un kilomètre de la gare.

Elle produit du Temik et le Sevin, essentiellement composés d'isocyanate de méthyle (ou MIC ; Methyl isocyanate en anglais), produit toxique et allergène.
Ce produit peut être rapidement neutralisé par une enveloppe de soude qui interdirait toute émanation.
Ce liquide potentiellement très dangereux pour tous les êtres vivants est confiné à une température inférieure à 25°C, température au delà de laquelle il se transforme en un gaz plus lourd que l'air, aussi toxique que le chlore.
Attirée par l'eau, l'électricité et les salaires offerts par l'usine, la population va affluer autour du site industriel : la population passe à 385 000 habitants en 1971, à 671 000 en 1981, puis à près de 800 000 en 1984.
Les plus pauvres s'agglutinent dans le bidonville de Khasi Camp situé entre la ville et l'usine.
D'isolée qu'elle était, l'usine se retrouve englobée dans une ville dense dont les maisons ou abris les plus proches s'accrochent aux grillages d'enceinte, sans schéma d'urbanisation ni possibilité d'appliquer un système de gestion du risque industriel aux zones périphériques.
L'usine ne tournera jamais à pleine capacité, signalant des incidents et accidents graves dès l'année de sa construction (1978), suivis notamment d'un immense incendie en 1978 et de cinq importantes fuites de gaz en 1981 et 1983 soldés par un mort et quarante-sept blessés, plus de 670 000 dollars de dommages
Tout cela sera passé sous silence grâce aux bonnes relations locales de UCIL : « Il est vrai que les politiciens locaux ne pouvaient rien refuser à l'Union Carbide (India) qui leur offrait prébendes, sinécures et réceptions somptueuses » .
Le gouvernement indien prorogera de sept ans l'autorisation de fabrication du Sevin malgré les avertissements de la presse et de membres de l'opposition du parlement de l'État.
En 1982, une inspection détaillée fait apparaître dix déficiences sérieuses dans les systèmes de sécurité de l'usine .

À partir de 1982, l'usine devient largement déficitaire à cause de la mévente de ses produits.
UCC, la maison mère, envisage sa fermeture mais le gouvernement indien refuse car cela constituerait un très mauvais exemple pour d'autres investisseurs étrangers potentiels. Pour rééquilibrer ses comptes, la filiale indienne UCIL décide alors de réduire les frais d'exploitation et, pour ce faire, licencie progressivement une partie de son personnel qualifié, dont une partie sera remplacée par des employés moins formés.

En 1984, après de multiples fermetures temporaires, deux des dix déficiences signalées en 1982 ne sont toujours pas corrigées .


La catastrophe


Le premier incident

Le premier incident significatif a lieu le 21 octobre 1984, vers 22h : les opérateurs échouent dans leur tentative d'accroître la pression dans le réservoir 610 pour en extraire le MIC qui y est stocké.

Nuit du dimanche 2 au lundi 3 décembre

L'usine est alors partiellement fermée et tourne au ralenti avec des effectifs encore plus réduits que de coutume.

21 h 15 : Un opérateur de MIC et son contremaître procèdent au lavage d'un tuyau à grande eau.
Ce tuyau communique avec le silo 610 ; il semble que la valve soit restée ouverte, contrairement aux consignes de sécurité.
L'eau va donc couler pendant plus de 3 heures et environ mille litres d'eau vont se déverser dans le réservoir.

22 h 20 : Le réservoir 610 est rempli de MIC à 70 % de sa capacité (il contient exactement 11 290 gallons, soit environ 42 740 litres.
On y mesure une pression intérieure de 2 psi (1 psi = 0,068 94 bar), valeur considérée comme normale (la pression admissible est comprise entre 2 et 25 psi.)

22 h 45 : La nouvelle équipe de nuit prend la relève.

23 h 00 : Un contrôleur note que la pression du réservoir 610 est de 10 psi, soit cinq fois plus qu'à peine une heure auparavant.
Habitué aux dysfonctionnements d'appareils de contrôle, il n'en tient pas compte.
Des employés ressentent des picotements des yeux et signalent aussi une petite fuite de MIC près de ce réservoir.
De tels faits étant fréquents dans l'usine, on n'y prête pas d'attention particulière.

23 h 30 : La fuite est localisée et le contrôleur est prévenu.
Celui-ci décide qu'il s'en occupera à minuit et quart, après sa pause thé.

00 h 15 : La pression intérieure du réservoir 610 dépasse la limite admissible : elle atteint 30 psi et semble continuer à augmenter.

00 h 30 : La pression atteint 55 psi.
Le contrôleur, bravant les instructions reçues de ne pas déranger inutilement son chef de service, se décide enfin à lui téléphoner pour le prévenir.
Il sort ensuite pour aller observer l'état du réservoir, qui tremble et dégage de la chaleur.
Le couvercle en béton du réservoir se fend, puis la valve de sécurité explose, laissant échapper un nuage mortel.

01 h 00 : Le chef de service arrive, constate rapidement les fuites de gaz toxiques du réservoir 610 et fait sonner l'alarme.

02 h 30 : On réussit à fermer la valve de sécurité du silo 610.

03 h 00 : Le directeur de l'usine arrive et donne l'ordre de prévenir la police, ce qui n'avait pas été fait jusqu'alors, car la politique officieuse de l'usine était de ne jamais impliquer les autorités locales dans les petits problèmes de fonctionnement.
Un nuage toxique se répand sur une étendue de vingt-cinq kilomètres carrés.
La majeure partie de la population dort ou ne réagit pas au signal d'alarme.
Les ouvriers de l'usine, conscients du danger, s'enfuient sans utiliser les quatre autobus garés dans la cour.
Il est difficile de prévenir les autorités car les lignes téléphoniques de l'usine fonctionnent mal.

La panique s'étend à toute la ville et, dans la plus totale incompréhension, des centaines de milliers de personnes sont prises au piège, errant dans les ruelles étroites du bidonville, cherchant des secours qui tarderont à se mettre en place.
Le gaz attaque d'abord les yeux, entraînant une cécité, provisoire dans les cas favorables, avant de s'engouffrer dans les poumons pour provoquer de graves insuffisances respiratoires.
Les trois cent cinquante médecins de la ville qui peu à peu se mobilisent perdent du temps à comprendre ce qui se passe car aucun d'entre eux n'a été informé sur la nature exacte du MIC et des dangers qu'il présente.

Le gouvernement du Madhya Pradesh a établi le détail du bilan humain :

3 828 morts
40 incapacités totales définitives
2 680 incapacités partielles définitives
1 313 incapacités partielles temporaires avec invalidité définitive
7 172 incapacités partielles temporaires avec invalidité temporaire
18 922 invalidités définitives sans incapacité
173 382 invalidités temporaires sans incapacité
155 203 blessures temporaires sans invalidité
Soit, au total, 362 540 victimes à des degrés divers.
Ne seront déposées que 80 000 demandes d'indemnisation auprès des autorités indiennes.

Dès le 4 décembre, Warren Anderson, PDG d'Union Carbide, part inspecter les lieux avec une équipe d'experts pour essayer de faire la lumière sur le drame.
Il est arrêté et emprisonné puis finalement expulsé.
Ce n'est que le 20 décembre que les autorités laisseront venir la commission d'enquête sur les lieux.
Dès le 6 décembre, l'usine a été fermée et on a entrepris son démantèlement.
Autour du 13 décembre, les habitants de la ville ont commencé à fuir en masse, bien souvent sans destination précise, car il a fallu remettre en marche l'usine afin de détruire les stocks de gaz restants.



Conséquences

Dans la semaine qui suit la catastrophe, puis à nouveau en février et mai 1985, UCC envoie à Bhopal des médecins, dont certains sont des sommités internationales en pneumologie et ophtalmologie, ainsi que du matériel médical.
Le 10 décembre 1984, UCC offre un million de dollars au fonds d'intervention du Premier ministre indien .
Pendant le premier semestre 1985, les employés états-uniens d'UCC, tout comme les retraités ou des anciens de la compagnie collectent et envoient 120 000 dollars aux différentes organisations de secours à Bhopal
Au fur et à mesure de la prise de conscience de l'ampleur des dégâts, UCC renforce ces mesures.
Le 18 avril 1985, elle offre cinq millions de dollars au titre de l'aide humanitaire.
Ces fonds sont refusés par le gouvernement indien et ils seront ultérieurement versés à la Croix-Rouge états-uniennes au titre de Bhopal.
À ce jour, il semble que deux millions seulement aient été utilisés par la Croix-Rouge indienne.
En avril 1985 et janvier 1986, UCC fait un prêt de 2,2 millions de dollars à l'Université de l'État de l'Arizona pour mettre sur pied un Centre technique et de formation pour Bhopal.
En mai 1986, UCC donne encore un million à une organisation non gouvernementale (ONG) suisse, Sentinelles, pour des programmes de formation médicale à Bhopal.

En janvier 1986, UCC et UCIL offrent de financer la construction d'un hôpital destiné au traitement des victimes de Bhopal.
Cette offre sera retenue en octobre 1991 par la Cour Suprême indienne qui demandera aux deux compagnies de verser environ 50 millions de roupies dans ce but (soit un peu plus de 100 millions de francs français).
Quelques jours plus tard les deux compagnies confirmeront leur accord pour cette contribution qui n'avait toujours pas été acceptée par les autorités indiennes fin 1992.

Lors d'une allocution présentée au forum économique de Davos, le 5 février 1991, le nouveau président d'UCC, Robert Kennedy, affirmait : «Care for the planet has become a critical business issue central to our jobs as senior managers» (Se préoccuper de notre planète est devenu un enjeu essentiel pour les entreprises fondamental pour notre responsabilité de dirigeants).

En plus de l'engagement formel du président en faveur du respect de l'environnement et les problèmes de sécurité, UCC a créé un comité « santé, sécurité. environnement » composé de personnes externes; un vice-président exécutif (soit l'équivalent d'un directeur général adjoint dans une multinationale française) est désormais chargé spécifiquement des problèmes d'environnement.
Les performances d'UCC en matière de lutte contre la pollution, de sécurité et de respect de l'environnement, font l'objet partout dans le monde d'audits réguliers réalisés par des firmes spécialisées indépendantes et crédibles.
L'entreprise a également défini un plan stratégique environnemental ayant des objectifs précis et contrôlables.

En ce qui concerne la sécurité des installations, les procédures écrites ont été réécrites pour les rendre vraiment opérationnelles.
On est ainsi passé de plus d'un mètre d'épaisseur de documents à 1,5 cm .
À cela s'ajoutent de nombreux programmes de sensibilisation et de responsabilisation du personnel, une révision de tous les processus de production, de transport, d'utilisation et d'élimination des produits dangereux.

UCIG, filiale produisant des gaz industriels, a réduit de 97 % ses émissions toxiques entre 1987 et 1990.

UCC&P, filiale produisant les produits chimiques et plastiques, a réduit ses rejets de substances cancérigènes de 50 % et de substances potentiellement cancérigènes de 90 % pendant la même période.
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MessageSujet: Re: Catastrophe de Bhopal   Catastrophe de Bhopal EmptyLun 7 Juin - 16:19:11

Huit personnes jugées coupables




Plus de vingt-cinq ans après la catastrophe, un tribunal indien a jugé huit personnes coupables de la fuite de gaz qui a provoqué la catastrophe du Bophal, où plusieurs milliers de personnes avaient trouvé la mort.
Warren Anderson, alors président de l'usine de pesticides américains Union Carbide d'où s'était échappé le gaz mortel, figure parmi les coupables.
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MessageSujet: Re: Catastrophe de Bhopal   Catastrophe de Bhopal EmptyVen 3 Déc - 16:48:17

26 ans après, l'Inde demande plus de compensations financières



Vingt-six ans après la catastrophe de Bhopal, les blessures sont encore ouvertes et les indemnisations se font attendre.
Le gouvernement indien voudrait plus que doubler le montant des compensations financières versées par un groupe chimique américain, à 1,1 milliard de dollars, pour l'accident industriel survenu en 1984, a-t-on appris vendredi auprès d'un avocat.
Cet avocat du gouvernement a déclaré sous couvert d'anonymat que le gouvernement avait déposé une requête auprès de la cour suprême pour réclamer des compensations de 50 milliards de roupies (1,1 milliard de dollars).

"Nous voulons obtenir une compensation maximale pour les victimes de la catrastrophe", a déclaré l'avocat.
Près de 10.000 morts et 100.000 personnes atteintes de maladies chroniques

Le gouvernement a cité deux entreprises américaines dans sa requête auprès de la plus haute juridiction du pays:
Union Carbide, qui possédait l'usine de pesticides de laquelle s'était échappé un nuage toxique dans la nuit du 3 décembre 1984, et Dow Chemical, qui a racheté l'usine en 1999.
Il a également cité un groupe indien, Eveready, qui avait racheté une part de l'usine d'Union Carbide en 1994.

L'accident, le pire dans l'histoire industrielle mondiale, fit les trois premiers jours entre 8.000 et 10.000 morts parmi la population de cette ville du centre de l'Inde, selon le Centre public de recherche médicale (ICMR).

Les chiffres officiels évoquent 3.500 morts. Il y aurait en outre quelque 100.000 personnes atteintes de maladies chroniques dues à la contamination des nappes phréatiques.


Dow Chemical estime que les responsabilités ont été effacées depuis l'accord de 1989 avec le gouvernement indien pour le versement de 470 millions de dollars d'indemnisations, avec abandon de poursuites pénales, mais le gouvernement avait annoncé l'an dernier vouloir chercher un moyen d'augmenter rétroactivement le montant des compensations.

Pour la première fois depuis la tragédie, la justice indienne a condamné début juin à deux ans de prison les anciens dirigeants locaux de l'usine de pesticides, des peines qualifiées d'indulgentes par les associations de victimes et l'opinion.

Le gouvernement voudrait de plus amples compensations car le bilan des victimes a été sous-estimé dans l'accord de 1989, a déclaré l'avocat, relevant en outre que le nettoyage du site n'était toujours pas achevé.
Les autorités avaient déjà demandé en 1991 à la cour suprême de réviser le montant des indemnisations mais cette demande avait été rejetée.

Pour le gouvernement, il est hors de question d'utiliser l'argent du contribuable à la suite d'un accident causé par un groupe privé, a ajouté l'avocat.
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