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 Massacre d'Oradour-sur-Glane

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jacotte
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MessageSujet: Massacre d'Oradour-sur-Glane   Mer 4 Sep - 21:09:31






Le massacre d’Oradour-sur-Glane est la destruction, le 10 juin 1944, de ce village de la Haute-Vienne, situé à environ vingt kilomètres au nord-ouest de Limoges, et le massacre de sa population (642 victimes), par un détachement du 1er bataillon du 4e régiment de Panzergrenadier Der Führer appartenant à la Panzerdivision Das Reich de la Waffen-SS.

Il s'agit du plus grand massacre de civils commis en France par les armées allemandes, assez semblable à ceux de Marzabotto, ou de Distomo, perpétré lui aussi le 10 juin 1944, qui transposent sur le front de l'Ouest des pratiques courantes sur le front de l'Est.

Ces événements marquèrent profondément les consciences ; leurs conséquences judiciaires suscitèrent une vive polémique, notamment à la suite de l'amnistie accordée aux Alsaciens « Malgré-nous » qui avaient participé au massacre.

Depuis 1999, le souvenir des victimes est célébré par le Centre de la mémoire d'Oradour-sur-Glane, situé non loin des ruines du village à peu près conservées en l'état.



Avec le débarquement des Alliés en Normandie le 6 juin 1944, les maquis du Limousin multiplient les opérations de sabotage et de harcèlement afin de handicaper les mouvements des troupes allemandes.

Ils s'attaquent à certaines garnisons, comme celle de Tulle où des membres de la division Das Reich exécutent 99 civils par pendaison après la reprise de la ville.

Le 10 juin, la 2e SS Panzer Division Das Reich (15 000 hommes à bord de 1 400 véhicules, dont 209 chars), sous le commandement du général SS Lammerding, arrive à Limoges.



Rassemblement des habitants


Convoqué par le commandant Adolf Diekmann, le docteur Desourteaux, président de la délégation spéciale désigné par le régime de Vichy qui fait office de maire, fait appel au crieur public pour ordonner aux habitants et aux personnes de passage au bourg, particulièrement nombreuses en raison d'une distribution de viande et de tabac, de rejoindre le champ de foire ; la majorité de la population obéit aux ordres persuadée qu'il s'agit d'un contrôle de routine.

L'inquiétude des habitants est encore mesurée pendant le rassemblement et avant la séparation des hommes et des femmes et des enfants : M. Compain, le pâtissier, dont le magasin donnait directement sur la place va jusqu'à demander à un soldat allemand s'il ne peut pas aller vérifier la cuisson de gâteaux qu'il venait de mettre au four et s'entend répondre, en français, qu'on va s'en occuper.

Les SS forcent les habitants de la périphérie à aller vers le centre en direction de la place du champ de foire.

Le rabattage est systématique et concerne tous les habitants.

Des survivants témoignent. Marcel Darthout, âgé de vingt ans et marié depuis dix mois, tente de fuir par les jardins en direction de la Glane :

« arrivé au bout du jardin, je me suis aperçu que les Allemands déployés en tirailleurs cernaient le bourg, ce qui m'a obligé à revenir à la maison. Peu de temps après, un Allemand est venu faire irruption dans notre cuisine. Il tenait un fusil à la main et, avec son canon, il nous a poussés dehors, ma femme, ma mère et moi, sans ménagement »

Mathieu Borie, diffuseur des journaux clandestins du Mouvement de Libération Nationale45, constate que « au fur et à mesure de leur avance, ils ont ramassé tous les habitants grands et petits, jeunes et vieux, d'Oradour pour les conduire place du Champ de Foire.

Ils passaient dans chaque immeuble se trouvant dans le quartier de leur passage, défonçant portes et fenêtres si c'était nécessaire ».

La rafle inclut également les quatre écoles de la commune, soit 191 enfants, deux instituteurs et cinq institutrices : bien que l'on soit un samedi après-midi, les enfants sont rassemblés dans les écoles, en raison d'une visite médicale ; elle concerne également les habitants des fermes et maisons situées à l'extérieur du bourg.

D'après Marcel Darthout, « des camionnettes apportaient sans cesse des gens des villages environnants qui avaient été appréhendés à domicile.
C'est ainsi qu'il y avait là des agriculteurs des Brandes et de Bellevue ».

Selon un autre témoin, Clément Boussardier, « les gens continuaient d'arriver de partout. […] Des coups de feu isolés ont été tirés aux alentours.

Les automitrailleuses faisaient le va-et-vient dans le bourg.

Une autochenille qui passait dans le champ ramenait de temps à autre les paysans qu'ils y avaient ramassés.

Au bout d’une heure sont arrivés les écoliers avec les instituteurs et institutrices » ; Mme Binet, la directrice de l'école de filles [en congé de maladie] poussée à coups de crosse, arrive en pyjama et revêtue de son manteau.

Les fuyards ou ceux qui ne peuvent se déplacer sont immédiatement abattus.

Lors de son procès à Berlin-Est, en 1983, Heinz Barth reconnaît qu'il a personnellement donné l'ordre à l'un de ses subordonnés d'abattre, conformément aux instructions, une personne âgée incapable de se rendre sur le lieu du rassemblement général; selon A. Hivernaud, une vieille femme, courbée sur ses bâtons et qui n'avançait pas assez vite, fut abattue à coups de mitraillette.

« Le rassemblement a été violent, avec de la casse, bris de portes et fenêtres, avec des coups de feu et des morts. Tout le monde n'a pas obéi » et si certains habitants réussissent à passer au travers des mailles du filet, la majorité de la population est rassemblée sur le champ de foire.

Le rassemblement des habitants achevé vers 14 h 45, un des Waffen-SS alsaciens traduit aux 200 à 250 hommes présents les propos du
commandant Diekmann : les SS ont entendu parler d'une cache d'armes et de munitions à Oradour et demandent à tous ceux qui possèdent une arme de faire un pas en avant.

On les menace de mettre le feu aux maisons afin de faire sauter le dépôt clandestin.

Devant l'absence de réaction, l'officier demande au maire de lui désigner trente otages, qui lui répond qu'il ne lui est pas possible de satisfaire une telle exigence, assure que les habitants du bourg n'ont pas connaissance d'un tel dépôt et se porte garant pour eux.

Selon l'un des survivants, Robert Hébras, âgé de dix-huit ans, le commandant demande au maire de le suivre et ils font un aller-retour à la mairie.

De retour sur le champ de foire, M. Desourteaux maintient son refus et se propose comme otage avec, le cas échéant, ses plus proches parents.

À cette proposition, l'officier s'esclaffe et crie beaucoup de charges!

Vers 15 heures, les femmes et les enfants sont conduits dans l'église après des scènes d'adieux déchirantes.

L'interprète réitère la demande de dénonciation : « nous allons opérer des perquisitions. Pendant ce temps, nous allons vous rassembler dans les granges. Si vous connaissez quelques-uns de ces dépôts, nous vous enjoignons de les faire connaître ».
Selon Marcel Darthout, « aucun dépôt ne fut signalé et pour cause, il n'y en avait pas dans le village qui était parfaitement tranquille et où chacun s'occupait uniquement de son petit commerce ou de la culture de ses terres »

Après une heure d'attente, les hommes sont conduits dans divers locaux repérés par les SS.

Vers 15 h 40, une motrice de tramway en essai arrive de Limoges, avec trois employés à bord, et stoppe peu avant le pont sur la Glane.

Une cale doit être placée afin de maintenir l'engin immobile.

L'un d'eux descend au moment où passe un groupe d'hommes raflés dans les hameaux alentour encadrés par quelques soldats.

Il est immédiatement abattu et son corps est jeté dans la rivière.

Les deux autres sont emmenés à un officier qui, après examen de leurs papiers, leur ordonne de rejoindre leur machine et retourner à Limoges.

Certains auteurs, pour expliquer le meurtre de cet employé hors-service (il venait à Oradour pour voir un artisan), avancent qu'il aurait pu esquisser un geste ou un mouvement vers ses collègues





Le massacre


Les 180 hommes et jeunes gens de plus de quatorze ans sont répartis dans six lieux d'exécution, par groupes d'une trentaine de personnes.
« Pendant que, toujours tenus sous la menace des fusils, les hommes devaient vider chacun de ces locaux de tous les objets qu'ils contenaient, un SS balayait soigneusement un large espace devant la porte, puis y installait une mitrailleuse et la mettait en batterie face au local »

« Malgré cette situation inquiétante, chacun reprenait confiance, certain qu'il n'existait aucun dépôt d'armes dans le village.
La fouille terminée, le malentendu serait dissipé et tout le monde serait relâché. Ce n'était après tout qu'une question de patience ».

Le tir des mitrailleuses en batterie devant les lieux de rétention des hommes se déclenche vers 16 heures.

Selon Heinz Barth, « à l'intérieur, les hommes étaient énervés. […] Alors j'ai ordonné Feu ! et tous ont tiré. Moi-même, j'en ai tué environ douze ou quinze. On a mitraillé une demi-minute, une minute. […] Ils tombaient tout bêtement ».

Marcel Darthout témoigne : « nous avons perçu le bruit d'une détonation venant de l'extérieur, suivi d'une rafale d'arme automatique. Aussitôt, sur un commandement bref, les six Allemands déchargèrent leurs armes sur nous. […] En quelques secondes, j'ai été recouvert de cadavres tandis que les mitrailleuses lâchaient encore leurs rafales ; j'ai entendu les gémissements des blessés. […] Lorsque les rafales eurent cessé, les Allemands se sont approchés de nous pour exterminer à bout portant quelques-uns parmi nous ».

Les corps sont ensuite recouverts de paille, de foin et de fagots auxquels les SS mettent le feu.
Le témoignage de Marcel Darthout est confirmé point par point par celui de Matthieu Borie : la « première rafale a été dirigée contre nos jambes » ; « puis, l'opération faite, ces Messieurs les bourreaux partent tous, nous laissant seuls. Je les entends, chez le buraliste, par la porte derrière le hangar. Les verres tintent, les bouchons des bouteilles sautent, le poste de T.S.F. marche à plein ».

Le même scénario se répète dans tous les lieux où sont assassinés les hommes : le garage Potaraud, le chai Denis, le garage Desourteaux, et les granges Laudy, Milord et Bouchoule ; partout trois ordres se succèdent : le début des tirs, l'achèvement des blessés et le déclenchement de l'incendie68. Dans la plupart des lieux d'exécution, le feu a été allumé sur des hommes encore vivants

.
« Jusqu'au dernier instant, à l'ultime seconde du déclenchement de la mitraille, ceux qui étaient devenus des otages en attente d'une exécution n'ont pas imaginé la conséquence de leur situation. […] Ils ne pouvaient pas y croire et ils n'y ont pas cru. La surprise des victimes a été totale. La manœuvre des Waffen-SS avait réussi : l'exécution s'est passée dans le calme, sans difficulté et sans panique ».
Du groupe de soixante-deux prisonniers dont fait partie Marcel Darthout, six s'échappent du bâtiment, dont un est tué par une sentinelle.
Les cinq évadés survivants sont les seuls rescapés des fusillades.

Les SS qui ne participent pas aux meurtres, soit quatre à cinq hommes de chaque peloton, parcourent le village en se livrant au pillage, emportant argent et bijoux, tissus et produits alimentaires, instruments de musique et bicyclettes, mais aussi volailles, porcs, moutons et veaux.

Au fur et à mesure du pillage, les bâtiments sont systématiquement incendiés, ce qui nécessite de multiples départs de feu.
Débusqués par les pillards ou chassés de leur cachette par les incendies, de nombreux habitants qui avaient échappé à la rafle sont massacrés isolément ou en petits groupes, hommes, femmes et enfants confondus.
En entendant la fusillade et constatant que les enfants ne sont pas rentrés de l'école, des habitants des faubourgs se rendent à Oradour où ils sont abattus : « Oradour est un gouffre dont on ne revient pas »





Parmi les 350 femmes et enfants enfermés dans l'église, seule Marguerite Rouffanche78, âgée de 47 ans, parvient à s'échapper.
Son témoignage est unique, mais il est corroboré par les dépositions de plusieurs SS lors du procès de Bordeaux ou de sa préparation.
La première personne à recueillir à l'hôpital le récit de la blessée est Pierre Poitevin, un membre éminent des Mouvements unis de la Résistance : « elle raconte ce qu'elle a vécu, calmement, posément, sans jamais varier ses déclarations.
Si elle omet un détail et qu'on le lui rappelle, elle répond simplement oui, j'oubliais de le dire ».
Le 13 juin, le préfet de Limoges reçoit également son témoignage, dont il fait un résumé.
Ce récit est repris dans une note du 10 juillet adressée à la Commission d'Armistice franco-allemande de Wiesbaden par le secrétaire d'État à la défense.


Marguerite Rouffanche renouvelle son témoignage en novembre 1944 :


« Entassés dans le lieu saint, nous attendîmes, de plus en plus inquiets, la fin des préparatifs auxquels nous assistions.
Vers 16 heures, des soldats âgés d'une vingtaine d'années placèrent dans la nef, près du chœur, une sorte de caisse assez volumineuse de laquelle dépassaient des cordons qu'ils laissèrent traîner sur le sol.
Ces cordons ayant été allumés, le feu fut communiqué à l'engin dans lequel une forte explosion se produisit et d'où une épaisse fumée noire et suffocante se dégagea.
Les femmes et les enfants à demi asphyxiés et hurlant d'épouvante affluèrent vers les parties de l'église où l'air était encore respirable.
C'est ainsi que la porte de la sacristie fut enfoncée sous la poussée irrésistible d'un groupe épouvanté. J'y pénétrai à la suite et, résignée, je m'assis sur une marche d'escalier.
Ma fille vint m'y rejoindre.
Les Allemands, s'étant aperçus que cette pièce était envahie, abattirent sauvagement ceux qui venaient y chercher refuge.
Ma fille fut tuée près de moi d'un coup de feu tiré de l'extérieur. Je dus la vie à l'idée de fermer les yeux et de simuler la mort.
Une fusillade éclata dans l'église.
Puis de la paille, des fagots, des chaises furent jetés pêle-mêle sur les corps qui gisaient sur les dalles.
Ayant échappé à la tuerie et n'ayant reçu aucune blessure, je profitai d'un nuage de fumée pour me glisser derrière le maître-autel.
Il existe dans cette partie de l'église trois fenêtres. Je me dirigeai vers la plus grande qui est celle du milieu et, à l'aide d'un escabeau qui servait à allumer les cierges, je tentai de l'atteindre.
Je ne sais alors comment j'ai fait, mais mes forces étaient décuplées. Je me suis hissée jusqu'à elle, comme j'ai pu.
Le vitrail était brisé, je me suis précipitée par l'ouverture qui s'offrait à moi. J'ai fait un saut de plus de trois mètres, puis je me suis enfuie jusqu'au jardin du presbytère. Ayant levé les yeux, je me suis aperçue que j'avais été suivie dans mon escalade par une femme qui, du haut de la fenêtre, me tendait son bébé. Elle se laissa choir près de moi. Les Allemands alertés par les cris de l'enfant nous mitraillèrent. Ma compagne et le poupon furent tués. Je fus moi-même blessée en gagnant un jardin voisin. »
Selon les dépositions de plusieurs participants au massacre, la charge explosive qui doit faire s'effondrer l'église n'est pas suffisante pour atteindre son objectif.
« La destruction de la voûte de l'église échoua. La suite du massacre releva-t-elle d'un ordre ou d'une initiative de sous-officiers SS ? Vraisemblablement de la conjonction d'un ordre et d'initiatives individuelles : les récits des exécuteurs décrivent quelque chose proche d'un délire du champ de bataille, lorsque des hommes libèrent toute leur violence, avec l'autorisation de leur hiérarchie. Mais il n'y a pas eu de bataille »84. Toujours selon les dépositions des assassins, après l'explosion de la charge, des SS « entrent à l'intérieur de l'église où ils ont tiré des rafales de mitraillettes, tandis que d'autres SS ont lancé des grenades à main à l'intérieur du même édifice, sans aucun doute pour achever la population » ; « au moment où le feu a été mis à l'église, on entendait toujours des cris à l'intérieur, mais moins qu'au début, ce qui prouve que, lorsqu'on y a mis le feu, des personnes étaient encore vivantes ou agonisantes »







Après 18 heures, un ingénieur des chemins de fer, Jean Pallier, arrive en camion en vue du village.
Il raconte : « Au sommet d'une côte, nous avons pu apercevoir le bourg qui n'était plus qu'un immense brasier ».
Il est arrêté avec ses compagnons de voyage à trois cents mètres de l'entrée du village et autorisé à rester sur place après une fouille.
Il est ensuite rejoint par les passagers du tramway parti de Limoges habitant Oradour ou s'y rendant.
En tentant de rejoindre le bourg à travers champs, J. Pallier constate que la localité est complètement cernée par un cordon de troupes en armes. Le groupe d'une quinzaine de personnes est arrêté vers 20 heures et, après plusieurs vérifications d'identité, relâché avec ordre de s'éloigner du village ; un sous-officier parlant correctement le français déclare aux membres de la petite troupe : « Vous pouvez dire que vous avez de la chance ».
Le massacre est terminé.

À l'exception d'une section de garde, les SS quittent Oradour entre 21 heures et 22 h 30.
Les SS passent la nuit dans la maison Dupic, dans laquelle seront retrouvées plusieurs centaines de bouteilles de vins vieux et de champagne récemment vidées.
Selon un témoin qui voit passer les Allemands, « dans cette colonne allemande, j'ai remarqué plusieurs automobiles conduite intérieure. […] Parmi les camions militaires se trouvait l'auto appartenant à M. Dupic, marchand et négociant en tissus à Oradour. […]
Il y avait la camionnette du marchand de vins. […] Sur l'un des camions, un Allemand jouait de l'accordéon. Il était juché sur le haut du véhicule qui était très chargé. Il y avait des sacs, des ballots »

Le 11, puis le 12 juin, des groupes de SS reviennent à Oradour pour enterrer les cadavres et rendre leur identification impossible, reproduisant une pratique usuelle sur le front de l'Est88.
Dans sa déposition du 11 juin, le sergent Boos explique : « J'ai personnellement déblayé l'église. […] je portais des gants pour cette besogne. Je prenais les cadavres et les restes, les sortais de l'église et les mettais dans un tombeau creusé à cet effet. Pendant ce travail, une ligne de sentinelles était en position […] et tirait sur les civils qui s'approchaient de la forêt ».
Un autre SS déclare : « Le lendemain, nous sommes revenus pour enterrer les morts. […] J'étais dans l'église pour sortir les cadavres, en nombre inconnu tant ils étaient brûlés, cadavres de femmes et d'enfants. Nous les avons enterrés derrière l'église et nous sommes partis »


Jean Pallier est l'une des premières personnes à entrer à Oradour dans la matinée du 11 juin, en compagnie de quelques hommes : « Tous les bâtiments y compris l'église, les écoles, la mairie, la poste, l'hôtel que ma famille habitait, n'étaient plus que ruines fumantes. […]
En tout et pour tout, nous n'avions aperçu que trois cadavres carbonisés en face d'une boucherie et un cadavre de femme non carbonisé, mais tuée d'une balle dans la nuque ».
C'est lors d'un deuxième passage qu'il découvre les charniers : « Au milieu d'un amas de décombres, on voyait émerger des ossements humains calcinés, surtout des os de bassin. Dans une dépendance de la propriété du docteur du village, j'ai trouvé le corps calciné d'un enfant […] Je vis plusieurs charniers […]Bien que les ossements fussent aux trois quarts consumés, le nombre de victimes paraissait très élevé ».

Il pénètre ensuite dans l'église : « Il n'est pas de mots pour décrire pareille abomination. Bien que la charpente supérieure de l'église et le clocher soient entièrement brûlés, les voûtes de la nef avaient résisté à l'incendie. La plupart des corps étaient carbonisés.
Mais certains, quoique cuits au point d'être réduits en cendres, avaient conservé figure humaine.
Dans la sacristie, deux petits garçons de douze ou treize ans se tenaient enlacés, unis dans un dernier sursaut d'horreur.
Dans le confessionnal, un garçonnet était assis, la tête penchée en avant.
Dans une voiture d'enfant reposaient les restes d'un bébé de huit ou dix mois. Je ne pus en supporter davantage et c'est en marchant comme un homme ivre que je regagnai [le hameau des Bordes] ».

Tous les témoins sont bouleversés par le degré auquel nombre de corps des quelque 350 femmes et enfants avaient été mis en pièces : « Çà et là des morceaux de crânes, de jambes, de bras, de thorax, un pied dans un soulier »

Plusieurs témoins font également état de viols, même si ceux-ci ne sont pas évoqués lors du procès : « Le dimanche vers 15 heures, j'ai vu le spectacle effrayant de l'église où les corps carbonisés gisaient sur le sol. […] Une femme que je n'ai pu identifier, ne portant aucune blessure apparente, ni trace de brûlure, dévêtue dans sa partie inférieure, le sexe nettement apparent, était placée au-dessus des corps carbonisés.
J'ai eu nettement l'impression, au moment où je la vis, que cette femme avait été violée ».

Une allusion à de possibles viols est également faite dans l'ouvrage du Mouvement de Libération Nationale, qui à propos des enseignes des commerces subsistant dans le village après l'incendie précise : « on devine […] les bureaux du conservateur (assurances incendie, vie, accidents). Lisez-bien : Assurances vie, incendie, accidents. Il y manque le viol pour parfaire l'ironie ».
L'hypothèse de Fouché selon laquelle des viols auraient pu être commis suscite une violente réaction d'André Desourteaux : « les violences sexuelles décrites avec délectation par Fouché, me semblent (et je l'espère) invraisemblables. […] Fouché peut être satisfait, sa bile retombe sur les survivants, dont certains ont subi un traumatisme, qu'au travers de son livre, il méprise ».
Parmi les survivants, seul Marcel Darthout, témoin au procès de Barth en 1981, évoque ouvertement cette hypothèse : « Qu'avaient fait les SS dans la maison Dupic, le soir du 10 juin? […] La pensée que les soldats eussent pu abuser de jeunes femmes du village, après le massacre, parmi lesquelles aurait pu être ma sœur Georgette, me hantait ».





Dans la soirée du 11 juin, ou dans la journée du 1295, le sous-préfet de Rochechouart, M. de Chamboran, se rend à Oradour : « Je n'ai trouvé que des décombres fumants, et me suis rendu compte qu'il n'y avait pas de secours immédiats à apporter ». Le 13, le préfet régional de Limoges obtient l'autorisation des autorités allemandes de se rendre à Oradour, en compagnie de l'évêque, Mgr Rastouil.
Dans le rapport qu'il adresse le 15 juin à Vichy, si le préfet reprend la version des SS selon laquelle l'opération fait suite à l'enlèvement d'un officier, il tient « à souligner que le village d'Oradour-sur-Glane était une des communes les plus tranquilles du département et que sa population laborieuse et paisible était connue pour sa modération ».

Parmi les victimes on compte 15 Espagnols, 8 Italiens.
On dénombre également 39 habitants du village mosellan de Charly qui avaient été déplacés dans le Sud-Ouest avant la guerre à cause de l'imminence du conflit et qui n'avaient pas été autorisés à retourner en Lorraine, placée en zone interdite.
La commune de Charly est renommée Charly-Oradour le 12 août 1950.

Le mémorial érigé à Charly-Oradour liste 44 victimes de 14 familles de Charly et Montoy-Flanville, qu’on retrouve sur le mémorial d’Oradour-sur-Glane97.
La liste des victimes est fixée par plusieurs jugements du tribunal civil de Rochechouart, dont le dernier, prononcé en janvier 1947, arrête le nombre des victimes à 642 décès, mais seuls cinquante-deux corps peuvent être identifiés et faire l'objet d'un acte de décès individuel98. Parmi les morts, on dénombre 393 personnes domiciliées ou réfugiées à Oradour, 167 habitants des villages et hameaux de la commune, 93 résidents de Limoges, 25 personnes résidant en Haute-Vienne et 18 dans d'autres départements ; les victimes comprennent quarante Lorrains, sept ou huit Alsaciens, trois Polonais et une famille italienne de cultivateurs de sept personnes99.
Les 635 victimes dénombrées par Delage se répartissent comme suit : 25 de moins de cinq ans, 145 entre cinq et quatorze ans, 193 jeunes gens et hommes, dont le curé septuagénaire du village et ses deux vicaires lorrains, et 240 jeunes filles ou femmes de plus de quatorze ans


Une trentaine d'habitants survivent au massacre, dont une Parisienne, Mme Taillandier, présente depuis dix jours dans le village et qui est laissée libre après contrôle d'identité et interrogatoire102 ; Martial Beaubreuil et son frère quittent leur cachette dans l'épicerie Mercier après le déclenchement de l'incendie de celle-ci en traversant le plancher en flammes ; Armand Senon, un adolescent immobilisé avec une jambe dans le plâtre, s'enfuit au dernier moment de sa maison en flammes ; Hubert Desourteaux reste tapi ; découverts sous un escalier, les enfants Pinède sont chassés vers les champs et échappent au massacre ; Roger Godfrin, originaire de Charly et âgé de huit ans, s'enfuit de l'école dès qu'il aperçoit les Allemands : il est le seul écolier à échapper au massacre103, au cours duquel il perd son père, sa mère et ses quatre frères et sœurs.
Dans la nuit du 10 au 11 juin, certains survivants quittent le village, mais d'autres y passent toute la nuit : Marguerite Rouffanche se dissimule dans un jardin, Armand Senon dans un buisson, les frères Beaubreuil dans un égout.
Au total quarante-cinq personnes, dont douze passagers du tramway de Limoges arrivés après l'arrêt du massacre, échappent aux SS, dans diverses circonstances




Un projet de mémorial a été présenté à la fin des années 1980 sous l'impulsion de la région et en accord avec l'Association nationale des Familles des Martyrs d'Oradour-sur-Glane. Un bâtiment d'architecture novatrice fut construit pour abriter une exposition permanente, ainsi que des projets temporaires.
Le 16 juillet 1999, le Centre de la mémoire fut inauguré par Jacques Chirac et la ministre de la Culture de l'époque, Catherine Trautmann.
Dès 2002, plus de 300 000 visiteurs ont visité le musée.
Le centre travaille activement avec le Service autrichien de la Mémoire.
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MessageSujet: Re: Massacre d'Oradour-sur-Glane   Mer 8 Jan - 23:19:26

Massacre d'Oradour-sur-Glane en 1944 : un ancien SS de 88 ans inculpé 70 ans après

Près de 70 ans après les faits,un Allemand de 88 ans a été inculpé pour avoir participé au massacre d'Oradour-sur-Glane,le pire commis en France par l'armée nazie pendant la Seconde Guerre mondiale,a annoncé mercredi la justice allemande.



Le mémorial au cimetière d'Oradour-sur-Glane où 642 personnes au total,hommes,femmes et enfants ont été massacrées par une division nazie le 10 juin 1944.

Le retraité,âgé de 19 ans au moment des faits,est accusé du "meurtre collectif de 25 personnes" et de "complicité dans le meurtre de plusieurs centaines d'autres",a annoncé le tribunal de Cologne.

Face aux enquêteurs,l'homme a reconnu avoir été membre du régiment Der Führer de la division blindée SS Das Reich qui a exécuté méthodiquement 642 civils à Oradour-sur-Glane un village du centre de la France,le 10 juin 1944.

"254 femmes et 207 enfants" massacrés

D'après l'acte d'accusation,"tous les habitants du village avaient été rassemblés sur la place du marché et les hommes avaient été séparés des femmes et des enfants".

"Les hommes avaient ensuite été divisés en quatre groupes et emmenés par des pelotons d'exécution dans quatre granges pour y être tués".

Le vieil homme est plus précisément accusé d'avoir abattu à la mitrailleuse,avec un autre membre du régiment,25 hommes dans une des granges.

Des survivants avaient été achevés au pistolet ou tués dans l'incendie de la grange,allumé par les soldats allemands.

"L'accusé se serait ensuite rendu à l'église d'Oradour-sur-Glane où avaient été enfermés plusieurs centaines de femmes et d'enfants",a ajouté le tribunal de Cologne.

Selon l'acte d'accusation,"254 femmes et 207 enfants" y ont été massacrés "à l'aide d'explosifs,d'armes automatiques et de grenades",avant que l'édifice ne soit brûlé,provoquant la mort des derniers survivants.

Il était sur les lieux mais nie avoir participé

"Il a reconnu s'être trouvé sur les lieux au moment des faits,mais il a nié avoir participé au massacre",a précisé le tribunal.

Il aurait "assuré une garde à proximité de l'église" et il y aurait peut-être même transporté du combustible,estime le tribunal,ce qui justifie l'accusation de complicité de meurtre.

Y aura-t-il un procès ?

L'organisation d'un procès reste toutefois encore suspendue à la décision du tribunal de Cologne,qui a laissé jusqu'à fin mars à l'accusé pour s'y opposer.

Cette procédure va encore prendre "plusieurs semaines",a expliqué Andreas Brendel procureur général de l'Office centrale chargé d'enquêter sur les crimes nazis,qui dépend du parquet de Dortmund (ouest) où la décision d'inculpation a été prise.

D'autres personnes soupçonnées

Cinq autres personnes soupçonnées d'avoir pris part à ce massacre d'Oradour sont dans le viseur de l'Office central d'enquête sur les crimes nazis,70 ans après les faits.

Mais aucune autre inculpation n'est prévue pour le moment.

Plusieurs enquêtes réalisées en Allemagne de l'Ouest sur ce massacre avaient été classées faute de preuves,dans le passé.

Mais la découverte par un historien d'un document de la Stasi (les services secrets de l'ex-RDA) sur ces faits ont déclencher de nouvelles investigations en 2010.

La difficulté de trouver des preuves 70 ans après...

Plusieurs procédures judiciaires ont été ouvertes ces derniers mois en Allemagne pour tenter de juger les derniers criminels nazis présumés encore vivants.

Si longtemps après les faits,le tribunal de Hagen,non loin de Cologne,a d'ailleurs prononcé mercredi un non-lieu faute de preuves,dans le procès d'un ancien SS de 92 ans,Siert Bruins accusé de l'assassinat d'un résistant néerlandais aux Pays-Bas en septembre 1944.



















midi libre

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