Incompréhension, choc, consternation.
Mercredi matin, autour du foyer d'accueil de Scionzier, les mines sont défaites, après une nuit d'angoisse et d'interrogations.
La veille, peu avant 23 heures, le corps d'Ayachi Saïdi, un résident d'origine tunisienne, vivant au foyer depuis 37 ans, a été retrouvé égorgé, baignant dans son sang, dans le petit couloir qui relie sa chambre aux sanitaires.
D'après les témoignages recueillis sur place, il aurait été sauvagement agressé au couteau par un individu cagoulé, entièrement vêtu de noir, qui aurait également blessé un second résident qui s'en tire avec une estafilade à l'épaule.
« Ça s'est passé juste après la prière, qu'il avait l'habitude de faire seul, dans sa chambre » explique un voisin de la victime, « Il devait se diriger vers les sanitaires quand il a été attaqué. »
« C'est incompréhensible » ajoute un autre, « tout le monde le connaissait, il ne buvait pas, ne fumait pas, ne faisait jamais d'histoire. Pourquoi lui ? »
"Ce qui est étrange, c'est qu'il n'y a eu aucun témoin"
Père de quatre enfants, trois fils et une fille, âgés de 12 à 22 ans, vivant en Tunisie avec son épouse, Ayachi Saïdi était la seule source de revenus de sa famille.
Au chômage depuis la faillite de l'entreprise de décolletage pour laquelle il travaillait, il vivait chichement des allocations et de diverses aides.
« Il était arrivé en France en 1972 » explique Nordine Maikia, le frère de la victime, vivant en région annemassienne.
« Depuis, il n'avait jamais eu d'histoire, c'était quelqu'un de tranquille. Personne ne pouvait lui en vouloir. Pour moi, soit il s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, soit on s'est trompé de cible. Mais ce que je ne comprends pas, c'est que personne n'a crié pour donner l'alerte. Mon frère est mort seul, dans le couloir. »
« C'est vrai que c'est là que le bât blesse » reconnaît Mokhtar Kerboua, responsable du foyer depuis 1978 : « Ayachi était arrivé un an avant moi. Tout le monde le connaissait et l'appréciait. Il aimait bien plaisanter. Sa mort attriste tout le monde, la communauté est sous le choc. Mais ce qui est étrange, c'est qu'il n'y a eu aucun témoin. Personne n'a rien entendu, personne n'a rien vu... Aujourd'hui, les gens sortent moins de chez eux. »
Pourtant, la victime a été égorgée dans un couloir de moins d'un mètre de large. L'empoignade a dû être violente... et les murs ne sont pas épais dans ce type de foyer...
L'enquête a été confiée aux gendarmes de la brigade de recherche de Bonneville et de la section de recherche de Chambéry.
Une information judiciaire a été ouverte par le parquet d'Annecy.