Le naufrage du Torrey Canyon est survenu le 18 mars 1967.
Le pétrolier de la filiale libérienne de l'Union Oil Company of California, compagnie américaine, nommé « Torrey Canyon », armé par une filiale américaine de l’Union Oil Company of California, chargé de 120 000 tonnes de brut, s’échoue entre les îles Sorlingues et la côte britannique.
Malgré une mobilisation de tous les moyens de lutte disponibles, plusieurs nappes de pétrole dérivent dans la Manche, venant toucher les côtes britanniques et françaises.
Il se révélera plus tard que certains des dispersants utilisés pour la lutte étaient plus toxiques que le pétrole.
Cet accident fait découvrir à l’Europe un risque qui avait été négligé.
Il donne naissance aux premiers éléments des politiques française, britannique et européenne de prévention et de lutte contre les grandes marées noires.L’échouement du Torrey Canyon fut l’une des fortunes de mer les plus célèbres du XXe siècle, à l’origine d’une catastrophe écologique majeure et sans précédent dans l’histoire du transport maritime.
Cette catastrophe fut à la base d’une prise de conscience, par les populations européennes, du fait qu’une telle catastrophe puisse toucher leurs côtes.
PrésentationLe Torrey Canyon est à l’origine un pétrolier de 60 000 tonnes construit par le chantier naval Newport News Shipbuilding, en Virginie (États-Unis) et livré le 9 janvier 1959.
Il fut jumboïsé au Japon en 1964 pour finalement atteindre une capacité de 120 000 tonnes de port en lourd ; les modifications ayant été effectuées par des ingénieurs de nationalité, de langue et de technologies différentes.Après jumboïsation, sa longueur hors tout est de 267,30 m pour une largeur hors membres de 41,25 m.
À l’époque, sa capacité fait de lui le treizième plus gros navire à flot.
Son tirant d'eau maximum est de 17,20 m.Il est propulsé par un moteur principal diesel 2T couplé à une hélice qui lui permettent de réaliser une vitesse de route libre de 17 nœuds.
Sa capacité à manœuvrer est plutôt restreinte : il lui faut environ 5 milles pour s’arrêter une fois les moteurs stoppés. Son équipement de navigation est composé d’un radar, d’un LORAN qui au moment des faits n’est pas opérationnel, d’un sondeur et d’un sextant.
Il n’est donc pas équipé d’un DECCA ni d’un système de positionnement moderne de type GPS, alors en cours d’expérimentation.L’armateur du Torrey Canyon est une filiale de la Union Oil of California, basée aux Bermudes et qui porte le nom de Barracuda Tanker Corporation.
Le navire est alors enregistré au Libéria et affrété par la British Petroleum.
Son équipage est composé d’Italiens.Le 19 février 1967, il quitte le Koweït avec une pleine cargaison de 120 000 tonnes de pétrole brut en direction de Milford Haven via le cap de Bonne-Espérance.
Il est commandé par le commandant Rugiati.
NavigationLe Torrey Canyon appareille du golfe Persique via le cap de Bonne-Espérance vers les îles Canaries et navigue à une vitesse moyenne de 16 nœuds.
Il passe entre l’île de Tenerife et la grande Île des Canaries l’après-midi du 14 mars et prend alors une route vraie au 18° pour passer à 5 milles des îles Scilly.
L’objectif est de prendre la marée du 18 mars au soir à l’entrée du port de Milford Haven.
Sinon, il devra attendre jusqu’au 24 mars, date de la prochaine marée favorable.
Le dernier point au sextant est fait le 17 mars à midi, et place le navire à moins de 300 milles au sud des Îles Scilly sur la route estimée.Le capitaine laisse pour consigne de nuit de l’appeler dès que les îles Scilly apparaissent au radar ou au plus tard à 06 h 00.
Il part se coucher à 02 h 40 le 18 mars.
À 04h00, le second capitaine prend le quart, le pilote automatique étant calé au cap gyro 018°, et la vitesse estimée est de 15,5 nœuds. Le vent est de force 5 et la mer peu agitée.
Le vent et le courant n’ont pas été pris en compte dans les calculs d’estime.
À environ 05h00 le second capitaine allume le radar et le règle sur l’échelle 40 milles.
Conformément aux ordres il appelle le commandant à 06h00 et lui dit que les Îles Scilly n’apparaissent pas encore sur le radar. Vers 06h30 elles apparaissent sur l’avant bâbord à environ 24 milles, le vent et le courant ont déporté le navire à l’est de la position estimée.
À 06h55 le second capitaine prend la décision de venir au 006° droit sur Bishop Rock, il en informe rapidement le commandant, et la réponse de ce dernier est expéditive : « Qui vous a dit de prendre cette décision ? ».
Il demande alors si pour un retour au 018° les Îles Scilly resteraient claires.
La réponse fut : « peut-être ». Brusquement le capitaine ordonne de revenir au cap initial, Le second exécute.
Suite à cette conversation le commandant monte à la passerelle vers 07h00.
À ce moment, le navire aurait été à 18 milles
légèrement au sud-ouest de Sainte Marie, et à 28 milles des Seven Stones.
À 08h00, changement de quart : le commandant, le lieutenant et un matelot expérimenté prennent le quart. Le lieutenant est alors en charge de la navigation, le pilote automatique est enclenché.
À 08h15, le Torrey Canyon passe les îles Scilly. Le commandant manœuvre sur tribord, en direction de Seven Stones, afin d’éviter les filets des navires de pêche, se rapprochant d’autant plus du rocher. À l’issue de cette manœuvre d’évitement des navires de pêche, le commandant remet le pilote automatique en fonction, et va à la table à carte afin de vérifier la route et les dangers qui s’y trouvent.
Le point de 08h38 ne sera pas accepté par le commandant, le lieutenant l’ayant déterminé par un seul
relèvement /distance.
Le point suivant à 08h40 semble être plus juste et permet de positionner le navire dans le sud de Stone Rock au 198,5° à 2,5 milles. À ce moment le courant et le vent ne sont toujours pas estimés par le lieutenant de quart. Le danger étant proche il devient nécessaire de manœuvrer pour éviter l’échouement. Le commandant ordonne au matelot de changer de route et de venir au nord.
En hâte il passe en manuel vient à gauche au 000° et revient en auto pilote.Après un nouveau positionnement radar la route amène toujours sur le récif. Une route d’urgence doit alors être adoptée.
Il faut maintenant venir au 340, le pilote auto est stoppé, le mode manuel est mis en fonction, le commandant fait de nouveau un point radar et se rend sur la table à carte. Le matelot crie au commandant que les clicks indiquant le passage des degrés ne s’entendent pas, mais le capitaine ne l’entend pas.
Tout à coup, le commandant se rend compte qu’il n’entend pas ces fameux clicks.
Comme c’était déjà arrivé auparavant il fonce pour vérifier les fusibles.
Ceux-ci ne sont pas grillés.Il cherche alors à vérifier le bon fonctionnement de la pompe hydraulique, une avarie qui s’était déjà produite auparavant aussi. Pour cela il téléphone à la machine, dans son empressement il appelle la cuisine, le cuisinier lui dit : « oh ! capitaine, le petit-déjeuner est servi »…
Le commandant vérifie alors le commutateur du pilote automatique et réalise quel est le problème, le pilote est encore sur automatique, il passe alors la barre en manuel et change de cap.
Trop tard, à 17 nœuds, le Torrey Canyon se prend de plein fouet Pollard’s Rock qui fait partie du récif de Seven Stones, et se déchire sur 6 citernes.
CausesCette catastrophe, comme c'est généralement le cas, a été due à une suite d’événements, mineurs en soi mais qui, combinés, ont entraîné la fortune de mer.
L’accident du Torrey Canyon est la conséquence des raisons suivantes :
Construction du navire Problème de manœuvrabilité.
Le navire est peu manœuvrant
Conception du pilote automatique.
Le pilote auto fonctionne bien mais l’emplacement du levier peut entraîner la sélection d’un mauvais mode de gestion de la barre.
Desiderata de la compagnie Planification des opérations des navires.
Attendre les Îles Canaries avant de dire au commandant la destination finale est certainement bon pour le business ; cependant, si cela entraîne un stress supplémentaire des personnes en charge, ce n’est pas si bon. Être pressé par le temps augmente la probabilité d’erreurs et de mauvaises décisions.
Équiper les navires selon les plannings.
Toutes les cartes nécessaires n’étaient pas à bord.
Si la compagnie attend pour annoncer la destination au navire elle doit au moins s’assurer de la mise à jour des cartes indispensable.
Le lieutenant fait une erreur de navigation évidente.
Il s’avère qu'il est peu compétent et a peu d’expérience.
Erreurs relatives aux opérationsPas de réelle prise en compte du danger.
Le commandant semble avoir été lent à réaliser ce qui se passait.
Sa courte nuit peut être mise en cause. Contraintes de temps.
Dans plusieurs catastrophes, le temps a joué un rôle important.
Le jeune lieutenant s’occupant de la navigation.
D’un côté, il doit acquérir de l’expérience et le commandant peut vérifier son travail mais dans ce cas son erreur a joué un rôle prépondérant. Procédure de navigation raccourcie.
La solution de facilité est dans la nature humaine, c’est pourquoi des procédures efficaces sont nécessaires pour éviter ce genre de raccourci.
Dans ce cas le vent et le courant n’ont pas été pris en compte dans le calcul de l’estime.
Prise de décisions secondaires.
Aucunes des décisions du commandant, par elles-mêmes, ne sont mauvaises (excepté peut-être pour celle où il décide d’emprunter le chenal avec un navire non manœuvrant) ; c’est la combinaison de toutes ces décisions secondaires qui ont conduits à la catastrophe.
Manque de contrôle sur la situation : Se trouver sans aucun contrôle sur l’appareil à gouverner dans une situation dangereuse n’est jamais une bonne idée.